Histoires de JEA


Contribuer à l'édification d'un Etat

Anu Kuusisto est JEA finlandaise, en fonction au bureau du PNUD du Sud-Soudan.

 

Entrevue avec le président de l'Association pour les droits de la personne à Jonglei
Entrevue avec le président de l'Association
pour les droits de la personne à Jonglei

 

Anu Kuusisto occupe les fonctions de Chargée de programmes pour le bureau du PNUD à Juba, au Sud-Soudan. En plein processus de relèvement postérieur à la guerre civile, la région du Sud-Soudan représenta pour elle un choc à son arrivée. « Ayant travaillé et vécu au Kenya avant cette affectation, je n'avais pas à l'esprit l'habituelle image propre aux occidentaux au sujet des pays africains en développement où tout le monde vit dans des huttes en argile et meurt de faim. Cependant, rien ne m'avait préparée au paysage de dévastation que j'ai rencontré lorsque je suis arrivée à Juba au début de l'année. Le Sud-Soudan a énormément souffert des décennies de guerre civile et est une des zones les moins développées de la planète. »

Anu est entrée dans le monde de la coopération pour le développement par le biais de ses études de politique internationale et de droits de la personne, dont un accent spécial mis sur le droit international en matière de droits humains. Le Groupe de promotion de l'état de droit offre un soutien aux différents instruments juridiques naissants - tels que la magistrature du Sud-Soudan, le Ministère des affaires juridiques et du développement constitutionnel - et fait en sorte que la diffusion de l'Accord de paix global soit permanente.

« Mon activité comme Chargée de programmes va de la représentation du PNUD dans les réunions à la coordination et présidence du Groupe de travail mensuel sur la gouvernance et l'état de droit, en passant par la participation active au Comité pour les questions relatives à l'égalité des sexes et aux enfants. Le défi principal consiste dans le fait que tout doit être reconstruit de zéro - le Sud-Soudan est autonome vis-à-vis du Nord et bénéficie de son propre gouvernement, d'une Constitution de transition distincte et de lois exclusives. Ainsi, au sein du même pays existent deux systèmes, ce qui représente également une situation unique pour le PNUD : le bureau nordique situé à Khartoum soutient le Gouvernement du Nord et celui de Juba appuie le Gouvernement du Sud. Par ailleurs, la plupart des agents de police formés dans le Sud sont d'anciens soldats dépourvus d'expérience de maintien de l'ordre, ce qui entrave certaines choses. Or les citoyens ont tendance à se méfier des anciens soldats à cause de mauvaises expériences vécues par le passé. Le PNUD et d'autres agences de l'ONU produisent actuellement un effort conjoint afin de soutenir la police dans la création d'un Service pour les enfants et en faveur de l'égalité des sexes - lequel sera mis à disposition de chacun des dix états - afin d'offrir un traitement plus sensibilisé, par exemple aux victimes d'agressions sexuelles. Il s'agit là d'un plan à long terme qui peu à peu se concrétise. »

 

Journée internationale de la femme à Juba
Journée internationale de la femme à Juba

 

Une vraie femme porte une longue jupe ?

« D'un endroit où, au départ, je pouvais me rendre toute seule à pied au travail, Juba s'agrandit très vite et devint soudain plus agitée après le retour des Soudanais déplacés à l'intérieur du pays et l'arrivée de réfugiés. Les gens deviennent de plus en plus impatients car les choses ne changent pas du jour au lendemain lorsqu'il est question de développement. Les restrictions à la libre circulation des personnes sont ressenties comme un désagrément, notamment parce qu'elles gênent davantage les déplacements des femmes. Au Sud-Soudan, le point de vue traditionnel concernant les femmes est qu'elles sont considérées comme propriété - il s'agit d'une société très patriarcale. Un jour, je fus même interrogée sur mon lieu de travail par un officier de police qui voulait savoir si j'étais 'la femme ou la fille de quelqu'un', puis il s'adressa à moi comme à une petite fille. C'est seulement lorsque je lui dis que j'étais sur le point de me marier (un petit pieux mensonge) qu'il cessa de me rabaisser. »

« Par ailleurs, les femmes ne portent pas le pantalon au Sud-Soudan ; cela est vu comme un comportement viril. Lorsque, au lieu de l'habituelle paire de pantalons, je mis une longue jupe pour me rendre au travail, certaines de mes collègues soudanaises du bureau s'approchèrent de moi pour me dire que je ressemblais à une vraie femme maintenant. De fait, il est important de garder cette règle en mémoire à l'heure de traiter avec des dirigeants traditionnels ainsi qu'avec nos homologues gouvernementaux - le port de la jupe est considéré comme un signe de respect envers eux. »

 

La maison d'Anu (pour les trois premiers mois)
La maison d'Anu (pour les trois premiers mois)

 

Un changement complet de carrière

L'activité dans les pays en développement ne représentait pas une option évidente pour Anu. « J'ai opéré un revirement drastique il y a environ quatre ans. Je travaillais comme rédactrice technique dans le secteur privé et, après un temps de réflexion, j'ai compris que ma vocation se trouvait davantage dans le domaine du développement et des droits de la personne. A la suite d'une période de bénévolat au Brésil au sein d'une ONG s'occupant de questions environnementales et de développement, j'ai pris le chemin des études de politique internationale et de droits humains. » Finalement, tous les enseignements se sont révélés utiles. « Une bonne maîtrise des langues était importante », se souvient-elle, « mais encore davantage le fait d'avoir travaillé et vécu dans des pays en développement ».

D'autre part, Anu dut également affronter des préjugés dans son propre pays. « Beaucoup de gens pensent que tout le Soudan se constitue du Darfour, alors que cette région se situe au nord-ouest du pays et se trouve couverte par les programmes du bureau du PNUD à Khartoum, non pas par les nôtres. Le Sud-Soudan forme un pays quasi séparé, ayant sa propre Constitution de transition et ses lois distinctes ; de plus, en 2011, ses citoyens bénéficieront de l'opportunité de voter au sujet de la sécession. Cette situation très compliquée représente probablement la plus grande difficulté que rencontrent les personnes ne travaillant pas sur place à l'heure de comprendre ce qui est en jeu. En outre, le Darfour a tendance à accaparer toute l'attention alors que la situation est vraiment désespérée au Sud, où l'aide est également nécessaire vu que le pays est resté sous-développé depuis si longtemps. »

« J'aimerais poursuivre mon activité sur le terrain et je me vois travailler à l'étranger pour un bout de temps à venir. Cependant, il se peut que ce ne soit pas dans un pays en situation de crise ou de post-conflit. » Depuis le début de son affectation, elle a appris à apprécier les choses simples comme l'eau propre, le courant électrique continu et la salade verte. « Ce qui me manque vraiment, c'est la possibilité de me nourrir sainement ; et la salade verte n'existe pas ici. »

 

 

Commentaires ou suggestions? Veuillez contacter l'administrateur