Histoires de JEA


Etre JEA au Libéria : l'histoire de Kay Schwendinger

Kay Schwendinger a été JEA du PNUD au Libéria, d'octobre 2004 à octobre 2006.

 

Quelle est ta formation ?

Bien que je sois Autrichienne, mes études universitaires se sont déroulées en Angleterre. J'ai étudié au Département de géographie de l'Université de Cambridge (GB), avec une spécialisation en Développement sociopolitique, puis j'ai préparé un mastère d'Etudes internationales et de diplomatie à la School of Oriental and African Studies (SOAS) de Londres. Le maintien de la paix fut ma principale orientation.

Ma vie professionnelle fut un peu plus haute en couleur. Immédiatement après mes études, je me suis installée à Paris où j'ai mené toutes sortes d'activités : du travail pour Greenpeace à l'enseignement de l'anglais, en passant par les études de marché. Quelques années plus tard, c'est dans le marketing et la prospection de clientèle pour un groupe de communication international aux USA et en Allemagne que j'ai poursuivi ma vie active. Cependant, le travail dans le secteur privé ne répondait pas à mon espoir de produire un effet positif sur la société ; d'où mon retour dans le monde des ONG.

Finalement, je me trouvais en fonction en Autriche en pleine campagne de financement et de communication pour Friends of the Earth lorsque, en octobre 2004, j'ai rejoint le bureau du PNUD au Liberia comme Chargée des partenariats stratégiques.

 

Enfants en train de pêcher

 

Comment as-tu entendu parler du Programme des JEA ?

J'ai reçu de l'information au sujet du Programme des JEA grâce au réseautage. Lorsque je me suis décidée à travailler pour l'ONU, ou pour une autre organisation internationale, j'ai commencé d'assister à des séminaires et des conférences sur le maintien de la paix et le développement en général, lesquels avaient lieu dans plusieurs institutions universitaires à Vienne. J'ai également assailli le Ministère des Affaires étrangères avec des demandes d'information au sujet de postes dans ces secteurs.
Au cours d'un séminaire intitulé « Les femmes et le maintien de la paix », un des intervenants, qui par ailleurs travaillait à l'ONU, me présenta le Programme des Jeunes experts associés. Dans le même temps, le Ministère des Affaires étrangères me proposa d'envoyer ma candidature pour un poste de JEA - certainement pour que je les laisse enfin tranquilles...

 

Quelles sont tes activités en tant que JEA ?

Je suis essentiellement une courtière en information : je recueille de l'information, j'en distingue différents usages potentiels et je la rends utile pour un public varié. Dans un certain sens, mon travail est vraiment unique si l'on considère la situation du Liberia. Le bureau du PNUD dans ce pays opère dans le contexte d'une mission intégrée de maintien de la paix, ce qui signifie qu'il y a de grands besoins en matière de coordination et de diffusion de l'information.

A l'origine, il était prévu que j'opère dans les domaines de la mobilisation des ressources et des partenariats, ce qui était entendu dans un sens très large : les communications relatives au bureau de pays plutôt que les programmes individuels ; la coordination des activités du bureau du PNUD au Liberia avec celles d'autres agences ; la préparation des dossiers des donateurs ; la liaison avec les sièges du PNUD à New York et à Genève ; les contacts avec les partenaires ; le management de l'information pour le bureau de pays ainsi que pour le Liberia, etc.

D'autre part, je travaille en étroite collaboration avec la direction du bureau de pays, le Bureau régional du PNUD pour l'Afrique, le Bureau de la prévention des crises et du relèvement ainsi qu'avec la mission de l'ONU pour le maintien de la paix (MINUL), le Groupe de la communication des Nations Unies, et le Bureau du/de la Coordonnateur/trice résident/e et de l'action humanitaire.

 

Monrovia

 

Quel est selon toi ton accomplissement professionnel majeur à ce jour ?

Je considère que ma plus grande réussite réside dans le rôle que j'ai joué dans le développement d'un projet de renforcement des capacités en faveur de l'agence pour le management de l'information géographique et statistique au Liberia. J'ai grandement contribué au processus de transition du Centre d'information humanitaire du BCAH au bureau du PNUD dans ce pays, élaborant ainsi un nouveau projet pour renforcer les capacités nationales en matière de gestion de l'information et des statistiques. Les membres du personnel du PNUD affectés aux projets et leurs homologues nationaux travaillent ensemble sur tous les programmes afférents, consolidant par là même les capacités grâce à la formation en cours d'emploi.
Pour le Liberia, il s'agit là d'un projet essentiel car le manque d'information coordonnée constitue une entrave majeure à la planification du développement. Le rassemblement, l'analyse et la gestion de l'information forment actuellement une priorité nationale vu que ladite information représente la condition préalable au suivi, d'une part, des progrès effectués sur le chemin qui mène aux OMD et, d'autre part, du développement d'une stratégie pour la réduction complète de la pauvreté.

 

Quelle fut pour toi la situation la plus difficile d'un point de vue personnel ?

Le manque de vie privée et de liberté individuelle furent les plus grandes difficultés auxquelles j'ai dû faire face. En effet, la vie dans les conditions inhérentes au maintien de la paix peut comporter de sérieuses restrictions, et ce de diverses façons. La mobilité personnelle se trouve restreinte par les besoins de sécurité et de couvre-feu. L'intimité et l'anonymat sont donc inexistants lorsque tout le monde sait où tu habites, où tu travailles et où tu te trouves à tout moment. De plus, les véhicules de l'ONU sont l'unique moyen de transport disponible mais ils doivent être partagés ; ce qui signifie que tu ne peux jamais te rendre toute seule à un endroit. De même, la plupart des gens ont des colocataires, ce qui accentue encore plus le manque de vie privée.

 

Des problèmes ou des difficultés auxquels tu as dû te confronter en tant que JEA ?

Bien évidemment, j'ai dû faire face à un nombre important de difficultés. Elles n'étaient pas vraiment liées au fait que j'étais une JEA mais plutôt au poste lui-même. En général, cela n'était pas un problème au sein du bureau de pays. Dans un sens, il s'agissait même d'un avantage car mon statut de Jeune experte signifiait que j'étais considérée comme un membre du personnel à part entière par opposition à la plupart de mes collègues qui, eux, se trouvaient et se trouvent avec des conditions de contrat moins favorables.

 

Quels conseils aimerais-tu donner aux futurs JEA ?

Il est essentiel que les Jeunes experts associés aient un mentor dès les premiers jours de leur affectation, notamment s'ils n'ont jamais travaillé à l'ONU auparavant. Cependant, le choix du mentor est tout aussi crucial, sans oublier qu'ils doivent être conscients de leur véritable rôle afin de se montrer tout à fait efficaces. Le mentor, lui, ne devrait pas établir un rapport hiérarchique avec le/la JEA car cela irait à l'encontre du but recherché.

 

Où te vois-tu dans dix ans ?

J'aimerais devenir une Assistante spéciale du/de la Représentant/e spécial/e du Secrétaire général, ou alors une Représentante spéciale adjointe du Secrétaire général, au sein d'une mission de maintien de la paix quelque part dans le monde. A défaut de cela, j'aimerais travailler dans le domaine des communications et des relations extérieures au service de l'ONU (à supposer que la réforme des Nations Unies approfondisse l'approche menant à une seule ONU).

 

Un village au Liberia

 

 

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